Mère Yvonne-Aimée de Malestroit

Une humble et grande présence

Rien ne semblait prédisposer Yvonne-Aimée de Malestroit (1901-1951) à une vie aussi extraordinaire. Et, au-delà du courage et de l'humilité face à la maladie et aux évènements, son destin ressemble à un message.

"Nous vivions dans une atmosphère de joie et de confiance. Elle nous apportait aussi beaucoup de sécurité et de paix. Bien que très exigeante, sa présence nous portait et nous montrait la beauté et la charité à laquelle aucun manquement ne pouvait être toléré", relate avec émotion Soeur Marie-Bernard. Pourtant, son mauvais état de santé ne la prédisposait pas à une telle envergure. L'abbé René Laurentin, qui vient d'achever le 4 ème tome de la biographie * de Mère Yvonne-Aimée, évoque son "ascension irrésistible" depuis l'acceptation du rôle de maîtresse de Juvénat : "Cela a été très rapide. Au bout d'un an on lui a donné tout le Noviciat et, trois ans après, en 1935, elle a été élue Supérieure". Elle révèle alors ses talents d'organisatrice et de rassembleuse, lance un projet de fédération réunissant différents Ordres et engage la construction d'une clinique.

Un vrai personnage de roman

Ses proches savent qu'elle recevait l'annonce des épreuves à venir et qu'elle les prédisait tout en n'y croyant pas vraiment. Sa première vision mystique date du 5 juillet 1922 et s'est renouvelée le 5 juillet 1941 ; Mère Yvonne-Aimée voit une croix lumineuse et entend le Christ l'appeler et lui demander "Veux-tu la porter ?". Un an après, jour pour jour, trois témoins la trouvent en extase et une sorte de voile blanc se pose sur elle. Plus tard, rappelle René Laurentin, survient le signe des fleurs puis celui d'une croix descendant doucement sur ses épaules. "Sa vocation a été reçue sous la forme : je serai l'amour". Pendant la 2 ème guerre mondiale, elle cache des soldats français et alliés et des résistants, mais, pressentant son arrestation, elle fait parvenir à son confident, le père Labutte, l'avis de son transfert au siège de la gestapo parisienne. Elle a griffonné un pneumatique disant "suis chez tante germaine", raconte son actuel biographe. Germaine, les Germains donc les allemands. Voilà un vrai personnage de roman dans une histoire aux multiples rebondissements comme nous les aimons. Durant sa détention, Yvonne-Aimée subit des tortures mais apparaît à plusieurs reprises dans la communauté. Il semble donc qu'elle possède le don de bilocation. Une fois libérée, elle continue à héberger des soldats blessés alors même que la clinique se trouve partiellement occupée par les allemands. " C'est dans les situations de crise que se révèle la valeur  humaine. A la libération, tout cela lui a valu six décorations successives et son histoire a été connue.".  

Et c'est dans le don que l'on trouve le bonheur

"Humainement et médicalement, la situation d'Yvonne-Aimée est paradoxale. Comment peut-elle tenir debout ?" interroge le Dr Patrick Mahéo qui contribue à l'étude biographique. Effectivement, voilà une femme qui assume avec courage et détermination de nombreuses responsabilités non recherchées malgré une santé délabrée. Dans l'historique de ses maladies**, le médecin cite "Scarlatine, paratyphoïde, tuberculoses pulmonaire et rénale, syndrome néphrotique, hypertension artérielle, cancer...". Patrick Mahéo souligne son équilibre psychologique et son sang-froid exceptionnel qui excluent l'explication des évènements extraordinaires par une éventuelle hystérie. "Et, malgré ses souffrances, un sens de l'humour toujours présent...elle donne la vie aux autres". De fait, les religieuses qui l'ont côtoyée décrivent une impression de bonheur. Un jour, belle démonstration d'humilité, elle désarme un père qui la soupçonne d'orgueil en répondant "Je ne suis rien, je ne vaux rien". Yvonne-Aimée meurt en 1951 d'une hémorragie cérébrale foudroyante. Entre-temps, comme Padre Pio et d'autres mystiques, confient les deux conférenciers, elle a lutté contre des attaques du démon et présenté des stigmates. Encore de nos jours, de nombreuses intercessions et guérisons sont attribuées à Yvonne-Aimée qui par sa vie et son histoire a vraiment mérité son titre de Mère. Et, bien que la papauté n'ait toujours pas décidé sa béatification, nombreux  sont ceux qui reconnaissent une sainte.

Christian Torres

* Biographie d'Yvonne-Aimée de Malestroit (L'irrésistible ascension et la grande épreuve, mai-1932 - août 1946) par René Laurentin, éditions François-Xavier de Guibert. René Laurentin est également journaliste pour Chrétien Magazine.

** L'amour plus fort que la souffrance, Patrick Mahéo et René Laurentin, éditions François-Xavier de Guibert.

(Conférence du jeudi 6 décembre 2001 - clinique des Augustines de Malestroit)

Pâques 2004 :

nous vous re-proposons la lecture de cet article ...

 

Mère Yvonne-Aimée 

"Je suis entrée dans son bureau, elle était en train d'écrire. Un extraordinaire nuage d'encens l'entourait. Je suis tombée à genoux", raconte d'une voix claire une religieuse âgée de 90 ans.

6 ans après sa mort, son corps a été exhumé. Le cercueil baignait dans l'eau. Malgré le pourrissement du bois et des vêtements, l'apparence corporelle  était intacte. De nombreux visiteurs viennent se recueillir devant son tombeau.

Yvonne-Aimée de Malestroit est toujours à l'origine de vocations, de changements de vie, de mouvements : "Le jeudi saint, nous organisons une marche Vannes-Arradon-Ste Anne d'Auray et, le vendredi, Elven-Malestroit. C'est un pèlerinage pour la béatification de Mère Yvonne-Aimée mais nous apportons aussi des voeux de santé et des intentions de prière que nous remettons à la Mère supérieure", explique Pierre Aderic.

Patrick Mahéo et René Laurentin

A côté de la Communauté des Augustines de Malestroit (56) se trouve la clinique qui présente 120 lits. Disponible pour tout le monde, elle comprend des services de médecine générale, cardiologie, gynécologie, obstétrique. Depuis 2004, la clinique se spécialise en gériatrie. A noter également l'existence d'un centre de formation permanente incluant une école d'aides soignants.

Livres en préparation 

Fin de la biographie (tome 5), puis ouvrages sur la sainteté et les charismes

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